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Inauguration d’une Place Mis & Thiennot sur la commune de Diors (36130)

Nombre d’élus, encore une fois, avaient répondu présents à l’invitation du Maire de Diors, Monsieur Claude Durand

Ce samedi 14 janvier 2017, Diors, petite commune située à 10 Km de Châteauroux, était la vingt-et-unième commune à donner le nom de Mis & Thiennot à un lieu public. En l’occurrence, il s’agissait d’une place.

A l’heure où la fonction de Maire devient un casse tête chinois et une épreuve incommensurable devant la somme de responsabilités à assumer, on ne peut que saluer ces actes de bravoure… Mais combien en faudra-t-il pour que la justice, enfin, se réveille ?


Discours de Claude Durand

Bonjour à toutes et à tous.

Bienvenue à Diors, petit village de 791 habitants sur 2544 hectares à 10 minutes de Châteauroux Métropole et de ses centres commerciaux.
Diors se décompose en 4 lieux dits : Diors Chapelle, Fourches Mairie, Chignay et Villeclair.

Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les membres du Comité Mis et Thiennot, je vous remercie de votre présence parmi nous ce jour.

Cette petite cérémonie s’appuie sur votre dévouement, votre pugnacité, votre clarté d’analyse de la justice. Deux hommes ont été victimes d’acharnement judiciaire dans un autre siècle, où la présomption d’innocence faisait place à la brutalité.

Merci à Mesdames et Messieurs les maires, chers collègues, merci à Mesdames et Messieurs les élus, merci aux Diorsais, merci chers amis de nous avoir rejoints ce jour pour un moment d’émotion.

Sont excusés :
Gil Avérous, Président de Châteauroux Métropole,
Monsieur le maire d’Eguzon-Chantôme,
Monsieur le maire d’Argenton-sur-Creuse,
Monsieur le maire de Saint-Germain-du-Puy.

Avouez qu’il n’est pas fréquent pour un maire d’avoir le plaisir d’inaugurer dans sa commune un lieu qui ne portait pas de nom spécifique et qui, de ce fait, tendait les bras à deux hommes qui le méritent, malheureusement à titre posthume.
Mais au fond, qu’est-ce qu’une place à baptiser dans une commune au-delà de la traditionnelle cérémonie au cours de laquelle la plaque d’identification est dévoilée ?

C’est, je l’affirme, dans ce cas précis, l’un des symboles très forts de respect envers ceux qui maintenant la déterminent et lui donnent une vraie signification.

La situation de cette place la rend d’autant plus importante du fait de sa proximité de notre école, de la garderie, de la cantine, où chaque jour enfants et parents verront lors de leur passage la plaque commémorative de Raymond Mis et Gabriel Thiennot qui de 1946 au jour de leur mort ont vécu l’enfer de l’innocent accusé.
Ces parents et ces enfants se questionneront et se souviendront.

Ces deux hommes qui, sans preuve, sous la torture et les coups de professionnels de la police, ont avoué et signé des aveux.
Les sévices subis et constatés médicalement sont la preuve irréfragable de leur existence (que l’on ne peut contredire).
Ces deux innocents ont été accusés d’un meurtre de garde-chasse dans la propriété de la famille Lebaudy.
En 1954, le Président de la République René Coty gracie Raymond Mis et Gabriel Thiennot après une étude très sérieuse en chancellerie.

Depuis, six requêtes en révision ont été refusées malgré l’apport de nouveaux éléments produits à la justice désignant le probable meurtrier.
La justice, confrontée à ces nouveaux éléments reste imperturbable dans ses refus de révision.
La justice ne veut pas se déjuger et refuse l’application des termes de la Convention Européenne des Droits de l’Homme et de la Convention des Nations Unies contre la torture.

Alors que reste-t-il à faire, face à la machine infernale du système judiciaire ?
Continuer le combat avec votre comité, ne pas se résigner, utiliser tous les moyens juridiques restants et redonner à Raymond et Gabriel maintenant décédés la dignité qui leur revient de droit.

C’est ce que nous faisons petitement aujourd’hui.

Je crois, Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs, qu’il nous appartient de dévoiler maintenant les noms inscrits sur cette plaque qui fait honneur à notre place et notre village.

Pour dévoiler cette plaque, je demande à Jean Petit prêtre de me rejoindre, car je considère que par ton action courageuse, tu as ouvert les yeux à beaucoup de nos collègues maires.
Ta détermination à soutenir le comité Mis et Thiennot en vue d’un réhabilitation est un exemple.
Tu ne recules jamais, même menacé par une interdiction injustifiée.

HONNEUR à Gabriel et Raymond.

Madame la Présidente, vous avez la parole.
Ensuite, pot de l’amitié

Claude Durand, maire de Diors

Discours d’Helga Pottier

Cassés. Tous étaient cassés. Comme disait Gabriel Thiennot 42 ans plus tard à une équipe de journalistes devant la mairie de Mézières-en-Brenne : «C’est ici qu’on nous a brisés,c’est ici que notre vie s’est terminée.» Et Raymond Mis de rajouter : «On nous dit d’oublier tout ça. Mais c’est une chose qu’on n’oubliera jamais, jusqu’à la mort.» Tous étaient cassés par le traitement qu’ils avaient subi en ce début d’année 1947. Huit nuits de torture ont laissé des traces à leur arrivée à la prison de Châteauroux : hématomes, oreilles décollées, dents cassées, phalanges éclatées, côtes cassées, poumon perforé, testicule écrasé.
Raymond Mis, Gabriel Thiennot et avec eux Émile Thibault, Gervais Thibault, Stanislas Mis, Bernard Chauvet, Jean Blanchet et André Chichery ont gardé des séquelles physiques importantes de ce traitement.
Mais les séquelles psychologiques étaient sans aucun doute encore plus difficiles à porter.
Se savoir injustement condamné, croupir en prison alors qu’on est innocent, affronter ensuite le regard de l’entourage qui n’est pas forcément convaincu de son innocence.
Comme disait Jean Blanchet : «Dans la famille, bon bah, on a quand même fait de la prison». Et Gabriel Thiennot d’évoquer ses petites sœurs qui n’avaient pas le droit de jouer avec les autres enfants dans la cour de l’école car elles étaient de la famille de «l’assassin».

On ne s’en relève que très difficilement. On le fait avec le courage du désespoir. On compte sur ses proches, eux aussi lourdement affectés par cette affaire. Bernard Chauvet disait : «Mon père en est mort, ça c’est sûr, il avait 55 ans.» Raymond Mis : «Mes parents ont vendu leur cheptel pour nous aider, pour payer les avocats, ils se sont trouvés à la rue et après, c’était la ruine.»

On dit que le temps efface tout, non, pas vraiment. Bernard Chauvet confiait au cinéaste Dominique Adt après une séance de tournage, 60 ans après les faits : «Là, j’en ai encore pour huit jours à ne pas pouvoir dormir.»
Raymond, lui, pendant les dernières nuits de sa vie, était tourmenté par la crainte que les policiers le recherchent pour continuer la torture.

Tous les huit ont vécu leur vie, mais une vie, on pourrait dire, «au rabais», en sourdine, sans éclat, ternie par cette terrible expérience de violence gratuite, survenue dans leur jeunesse.
70 ans après, tous sont décédés, le dernier, Jean Blanchet, il y a 7 mois seulement. Ce n’est pas pour autant que cette affaire tombe dans l’oubli.

Au contraire : le nombre de communes qui ont un lieu «Mis et Thiennot» augmente. Diors est la vingt-et-unième commune à rendre hommage aux victimes de cette terrible affaire. Monsieur le Maire, nous vous en remercions vivement, vous ainsi que votre conseil municipal.

Vous n’acceptez pas une justice qui refuse d’admettre qu’elle s’est trompée, une justice quine veut pas reconnaître que des aveux obtenus sous la torture sont nuls et non avenus. Et vous avez le courage de l’afficher clairement.

Vous rendez ainsi hommage aux victimes d’une erreur judiciaire que nous préférons appeler machination judiciaire, car les juges savaient très bien qu’ils condamnaient des innocents. Et cela a continué lors de nos six requêtes en révision, toutes rejetées avec des arguments de mauvaise foi. La justice n’en est pas sortie grandie.

Nous demandons qu’elle se ressaisisse. Il est temps. Les juges sont empêtrés dans leurs propres contradictions. Ils constatent qu’il y a eu torture, mais ne peuvent pas accepter la révision car la torture a toujours été évoquée par les prévenus, elle n’est donc pas un fait nouveau.

Alors il faut changer la loi, c’est même le président de la Commission de révision qui nous l’a conseillé.
A notre demande, Jean-Paul Chanteguet, député de l’Indre et Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret ont déposé une proposition de loi qui, nous l’espérons, sera à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale et du Sénat très prochainement.

Cette loi nous permettra alors de déposer une septième requête en révision et d’obtenir enfin – nous l’espérons – ce nouveau procès que nous réclamons depuis si longtemps.

Notre combat continue. Il a commencé avec la parution du livre «Ils sont innocents» de Léandre Boizeau. 36 ans après, nous sommes toujours aussi déterminés à atteindre notre objectif : l’innocentement de Mis et Thiennot.

Helga Pottier, présidente du Comité de Soutien pour la Révision du Procès Mis et Thiennot

Photos réalisées par Christian Pineau, membre administrateur du Comité de Soutien

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