Un nouvel Espace Mis & Thiennot au Tranger (36700)

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Encore une fois, ils étaient nombreux à se déplacer (habitants, élus, membres du comité de soutien…) pour soutenir et honorer l’événement de cette petite commune, Le Tranger, située dans la partie ouest de l’Indre, l’inauguration d’un Espace Mis & Thiennot.

L’avant-veille avait lieu une projection du film « Présumés coupables« . Quand on sait que la petite commune du Tranger n’est à la tête que d’un peu plus de cent cinquante habitants, on peut alors se dire que, ce vendredi 29 mai, les Trangerois et Trangeroises s’étaient déplacés en force à la projection du film de Dominique ADT, manifestant un vif intérêt au débat animé par quelques membres du Comité de soutien Mis & Thiennot.


Discours de Chantal Raignault

Mesdames et messieurs,

Le Conseil Municipal et moi-même vous remercions d’avoir répondu nombreux à l’invitation formulée conjointement avec le Comité de Soutien MIS et THIENNOT.

Sont excusés :
Monsieur Serge Descout, président du conseil départemental
Madame Frédérique Gerbaud, sénatrice
Monsieur Jean-François Mayet, sénateur
Monsieur Braud, maire de Fléré la Rivière
Monsieur Rouffy, maire de Palluau
Madame Verdier-Fauchon, maire de Saint Cyran du Jambot
Monsieur Chartier, maire de Saint-Gaultier
Monsieur Guimpier, maire de Faverolles
Monsieur Camuzat, maire de Saint-Germain du Puy
Monsieur Nandillon, maire de Le Pêchereau
Monsieur Laroche, maire de Bélâbre
Monsieur Durand, maire de Diors
Monsieur Léandre Boizeau, président d’honneur du Comité de Soutien

C’est pour nous, entre autres, l’occasion de vous faire découvrir notre si jolie commune et ses environs qui comptent 173 administrés au recensement de février 2017.

Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est en partie, grâce au courrier que Gilles Averous, maire de Châteauroux a adressé à l’ensemble des maires de l’Indre pour les inviter à réaliser un acte symbolique, en dénommant un lieu public aux noms de MIS et THIENNOT.

Quand j’ai présenté ce courrier lors d’une séance de Conseil Municipal, je me suis rendue compte que cette affaire, « l’Affaire Mis et Thiennot » était encore bien présente dans les esprits et dans les mémoires, et l’accord fut unanime pour qu’un endroit soit dédié à ces deux hommes au destin dramatique. C’est cet espace de détente et de passage pour les camping caristes qui a été choisi à cet effet.

Nous sommes à ce jour, la 23ème commune à soutenir le combat du Comité de soutien Mis et Thiennot, pour que soit révisé leurs procès, qu’ils soient réhabilités, et surtout que leur honneur soit lavé, tant pour eux-mêmes que pour leur famille.

L’affaire Mis et Thiennot, constitue l’une des erreurs judiciaires du 20ème siècle, où de jeunes hommes sont mis en cause pour le meurtre d’un garde chasse… aucune preuve tangible… juste des aveux extirpés après 8 jours d’interrogatoires musclés… On emploie même le mot « TORTURE ».

Nous sommes dans un pays civilisé où la peine de mort a été abolie; Il semble inconcevable que des aveux obtenus de manière si peu conventionnelle ne puissent être remis en cause.

En France, la justice est représentée symboliquement par une balance… Certaines affaires, sont malheureusement la preuve qu’un dérèglement , dysfonctionnement ou acharnement peuvent avoir de graves conséquences.

C’est pourquoi j’encourage vivement le Comité de soutien dans son combat et ses actions pour pouvoir présenter une 6ème demande de révision du procès.

Pour dévoiler cette plaque commémorative, je demande à Madame Thiennot de me rejoindre.

Je donne à présent la parole à Madame Helga Pottier, Présidente du Comité de Soutien, pour qu’elle vous en expose les actions diverses, les attentes et les espoirs.

Mesdames, Monsieur, je vous remercie de votre attention, et après cette émouvante cérémonie, je vous invite à prolonger ce moment en partageant un verre de l’amitié à la Salle des Fêtes.

Chantal Raignault, maire de Tranger

Discours d’Helga Pottier

Mis et Thiennot, ces deux noms sont bien connus en Berry, on se souvient de cette affaire qui a défrayé les chroniques à maintes reprises, et oui, on sait que ce n’est toujours pas réglé, qu’ils ne sont toujours pas innocentés.
Les détails, non, on ne sait pas trop, c’est plus confus.
Donc ici, un petit rappel de l’affaire :

En janvier 1947, huit jeunes chasseurs sont accusés du meurtre d’un garde-chasse, Louis Boistard, retrouvé dans un étang près de Saint-Michel-en-Brenne. Pendant leur garde à vue, ils subissent des interrogatoires musclés que l’on doit appeler de la torture. Après huit nuits de ce traitement, tous signent des aveux préparés à l’avance. Ils arrivent à la prison de Châteauroux dans un tel état que les gardiens appellent le médecin pour qu’il constate que ce n’étaient pas eux qui leur avaient causé les blessures : hématomes, oreilles décollées, dents cassées, phalanges éclatées, côtes cassées, poumon perforé, testicule écrasé – le constat est très lourd.

Malgré cela, et en dépit des preuves matérielles qui seront toutes invalidées, Raymond Mis et Gabriel Thiennot sont condamnés par trois Cours d’Assises à 15 ans de travaux forcés. Leurs camarades d’infortune, eux, feront 18 mois ou 2 ans de prison. Ils s’appellent Émile Thibault, Gervais Thibault, Stanislas Mis, André Chichery, Bernard Chauvet et Jean Blanchet.

Il était pourtant facile de trouver le vrai coupable, proche du lieu de la découverte de la victime, si on s’était donné la peine de chercher. Et si on avait interrogé les nombreux témoins qui contredisaient la thèse officielle.
Mais pour la justice, les aveux sont la reine des preuves, et ceci même quand ils sont obtenus sous la torture. C’est cela qui est honteux, révoltant et inacceptable.
Inacceptable sur un plan moral, mais aussi inacceptable sur le plan juridique. Car la France a signé la convention internationale contre la torture de New-York en 1984. La justice, d’ailleurs, reconnaît que Raymond, Gabriel et les autres ont été torturés, les rapports des enquêteurs de nos cinquième et sixième requêtes l’attestent.

Alors, il faut changer la loi : si les faits de torture sont avérés, une révision de procès devrait être accordée systématiquement.
Nous avons demandé à nos députés de proposer un changement de la loi qui régit les révisions de procès. Le texte préparé n’a pu être présenté à la Commission des Lois avant la fin de la législature. Mais il reste en attente, et nous demanderons aux députés nouvellement élus de soutenir la proposition de loi sans tarder.

Dans notre combat, nous avons une aide considérable. Elle nous vient des communes qui nomment un lieu public « Mis et Thiennot ».

Le Tranger est la vingt-troisième commune à honorer ces deux victimes d’un acharnement judiciaire. Madame le Maire, nous vous remercions très chaleureusement, vous et votre Conseil municipal, de ce geste courageux et généreux. Vous montrez ainsi votre désaccord avec les décisions que les juges ont rendues dans cette affaire. Et vous rendez hommage à des gens qui ont porté toute leur vie le poids d’une condamnation injuste et infondée.

Nous ne supportons pas le mépris avec lequel la justice a traité cette affaire. Comme le disait Jean-Paul Thibault, notre avocat bénévole jusqu’à son décès en 2010 :

Ils se sont trompés, et le pire, c’est qu’ils savent qu’ils se sont trompés. C’est qu’ils savent qu’en ne révisant pas, ils ont conforté ce qu’ils savent être une erreur judiciaire. Et ça, ce n’est pas admissible sur un plan humain, ce n’est pas admissible sur un plan juridique, ce n’est pas admissible parce qu’on refuse d’appliquer la loi de 1989 en matière de révision des procès, ça, (…), c’est le déshonneur ultime de notre Justice en ce début de 21e siècle.

Cette situation dure depuis trop longtemps. Nous demandons à la Justice de se ressaisir et de reconnaître enfin l’innocence de Raymond, Gabriel et de leurs six camarades.

Après 70 ans, l’affaire Mis et Thiennot est et restera notre préoccupation tant que la Justice n’aura pas reconnu son erreur, que nous n’aurons pas obtenu la révision de leur procès.
Nous sommes tous les enfants de Mis et Thiennot.

Helga Pottier, présidente du Comité de Soutien pour la Révision du Procès Mis et Thiennot

photos réalisées par Claude Giraud