Mis et Thiennot, site officiel !

La Commune de Saint-Plantaire inaugure une bibliothèque au nom de Mis & Thiennot

Quarante ans après la sortie du livre de Léandre Boizeau « Ils sont innoncents », quoi de vraiment plus symbolique que de donner le nom de Mis & Thiennot à une bibliothèque ?

Inauguration d'une bibliothèque Mis et Thiennot à Saint-Plantaire.
Inauguration d'une bibliothèque Mis et Thiennot à Saint-Plantaire.
Un lieu de savoir, de culture au nom de Mis & Thiennot

Ce samedi 11 janvier 2020, la petite commune de Saint-Plantaire (36190), située au sud du Département de l’Indre, n’a vraiment pas fait semblant ! Aussi, avons-nous eu droit à une inauguration des plus exemplaires et des plus chargées en émotion…

Merci à Daniel Calame, Maire de la commune, ainsi qu’aux membres de son Conseil, sans oublier Nathalie, la secrétaire de mairie, qui ont fait acte de bravoure et de militantisme pour honorer au mieux la mémoire de Raymond et Gabriel.

Joël et Suzanne étaient présents et ont, encore une fois de façon très remarquable, interprété la chanson de Rolland Hénault et d’Elisabeth « Chanson pour Raymond & Gabriel ». Joël accordant même, en fin de prestation, une chanson à l’attention toute particulière de Jeannine Thiennot.

Pas moins de 120 personnes avaient fait le déplacement et même un généreux soleil s’était invité comme pour parfaire l’accueil, sincère et chaleureux, d’une petite commune qui, assurément, peut être fière de sa démarche sans précédent.  

Photos réalisées par Dany Biais et Christian Pineau, membres administrateurs du Comité de Soutien

Discours de Daniel Calame


Nous sommes réunis pour inaugurer cette bibliothèque.
Celle-ci était située à l’intérieur du secrétariat de mairie, sans place, peu accessible sans déranger. Alors que ça doit être un lieu de rencontre, ouvert à tous, qui permet l’accès au savoir, à la culture, et gratuite pour le plus grand nombre. Elle doit être attrayante, ouverte à tous les publics, et dans un lieu où l’on peut faire beaucoup de choses.
C’est pourquoi cet emplacement a été choisi: ancien préau de l’école, lieu d’éducation, à côté de la salle informatique ouverte au public et au cœur du centre de loisirs des enfants de nos communes. Une équipe de bénévoles la fait vivre, emmenée par Isabelle, à l’origine de cette réalisation.

Merci au département qui nous a aidés à la financer, aux entreprises qui l’ont réalisée, aux bénévoles qui la feront vivre.

Et puis, ce lieu, il fallait le baptiser. Nous avons reçu il y a quelques semaines le comité de soutien Mis et Thiennot, à la salle des Bordes. Nous avons alors compris que, pour que ne s’efface pas la mémoire, et que pour parvenir à une remise en cause d’une décision injuste, il fallait le soutien d’un maximum de citoyens. Le Conseil Municipal dans sa dernière séance a donc décidé de nommer cette salle Bibliothèque Mis et Thiennot.

C’est participer au combat pour la réhabilitation de Raymond Mis et Gabriel Thiennot, ces deux jeunes arrêtés en janvier 1947, avec leurs compagnons d’infortune. Suite à leurs aveux arrachés sous la torture, ils furent condamnés à la prison, et pour Raymond et Gabriel au bagne. Nous savons depuis qu’ils ont en permanence clamé leur innocence, et qu’ils se sont battus jusqu’à leur mort pour leur réhabilitation. Leur combat n’est pas terminé, et à notre modeste place, nous voulons y contribuer.

N’oublions jamais, continuons le combat.
Un grand merci à tous pour votre participation.

Daniel Calame, maire de Saint-Plantaire

Discours d’Helga Pottier

Le 8 janvier 1947, il y a 73 ans presque jour pour jour, Raymond Mis et Gabriel Thiennot et leurs six camarades étaient amenés à la prison de Châteauroux, à leur grand soulagement. Soulagés d’être emprisonnés ? Oui, après les huit jours qu’ils avaient vécus, ils étaient soulagés. Car pendant ces huit jours et surtout des nuits de garde à vue, ils avaient subi des interrogatoires particulièrement musclés. Il s’agissait tout simplement de torture, les traces sur leurs corps étaient tellement parlantes que les gardiens de la prison ont préféré appeler le médecin pour qu’il constate que ce n’était pas eux qui leur avaient causé les blessures : hématomes, oreilles décollées, dents cassées, phalanges éclatées, côtes cassées, poumon perforé, testicule écrasé.

Les enquêteurs-tortionnaires avaient fait du bon boulot. Ils avaient réussi à extorquer des aveux – préparés à l’avance – à ce groupe de jeunes gens qui ne se connaissaient pas tous et qui avaient la mauvaise idée de chasser au même moment et dans le même secteur où un garde-chasse, Louis Boistard, avait été froidement assassiné par quatre coups de feu.

Les juges aussi ont fait du bon boulot. Condamner deux jeunes hommes à 15 ans de travaux forcés, ceci en trois Cours d’Assises, sans tenir compte ni des violences ni du fait que les preuves matérielles allaient toutes s’avérer fausses, c’est très fort.

Les juges de la Cour de révision des procès criminels ont continué sur cette lancée, trop préoccupés de ne pas remettre en question le travail de leurs collègues et par l’avancement de leur carrière, avec des arguments d’une mauvaise foi terrifiante.

Comment sortir de cette situation révoltante ? Le président de notre dernière requête (la sixième) nous a indiqué la voie: il faut changer la loi qui régit les révisions de procès: si les faits de tortures sont avérés, une révision de procès devrait être accordée systématiquement. C’est donc sur un plan législatif que nous agissons en ce moment. Nous demandons aux élus de notre département de proposer un amendement dans ce sens.

Notre combat pour l’innocentement de Mis et Thiennot dure depuis 40 ans et est émaillé par un grand nombre de déceptions et de désillusions. Mais nous ne lâchons pas car nous savons que nous nous battons pour une cause noble et juste. Depuis quelques années, nous avons un soutien de taille: des communes qui nomment un lieu public «Mis et Thiennot». Elles montrent clairement le désaccord de la population avec les décisions des juges dans cette affaire. Et elles rendent hommage à deux hommes qui ont porté toute leur vie le poids d’une condamnation injuste et infondée.

Saint-Plantaire est la vingt-huitième commune à faire cette démarche. Monsieur le Maire, nous vous remercions très chaleureusement, vous ainsi que vos conseillers municipaux pour ce geste fort.

Les lieux publics jusqu’ici nommés «Mis et Thiennot» sont des rues, des places, des espaces, mais aussi des salles, une allée, un square, un parc, un jardin et même un pont. Ici à Saint-Plantaire, c’est la première bibliothèque qui se nommera ainsi. C’est un choix judicieux. Une bibliothèque municipale, un lieu de culture et de savoir est l’endroit idéal pour se renseigner sur un fait historique récent et de constater les manquements de l’institution judiciaire dans cette affaire. C’est la raison pour laquelle nous avons le plaisir de vous offrir les deux livres que Léandre Boizeau a écrits sur cette affaire ainsi que le DVD du film «Présumés coupables» de Dominique Adt. Nous espérons qu’ils seront lus et vu par un grand nombre de personnes.

L’affaire Mis et Thiennot n’est pas seulement un fait historique. Elle nous préoccupe encore et toujours, nous n’avons pas fini de nous battre pour leur réhabilitation. Pour la leur, mais aussi pour celle de leurs camarades André Chichery, Stanislas Mis, Émile Thibault, Gervais Thibault, Bernard Chauvet et Jean Blanchet. Nous ne les oublions pas.

Helga Pottier, présidente du Comité de Soutien pour la Révision du Procès Mis et Thiennot.

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