Le point sur l’affaire Mis et Thiennot
En cette fin d’année 2025, il nous paraît important de faire le point sur notre affaire, de bien définir les forces en présence et les enjeux afin de clarifier une situation qui, au vu de ce qui est paru récemment, peut paraître embrouillée.
En fait, pour comprendre ce qui se passe actuellement, il faut revenir au 5 octobre 2023, date à laquelle la commission de révision de la cour de cassation a accepté la requête (la septième) présentée par les familles Mis et Thiennot. A cette date, il était donc acté qu’un nouveau procès aurait lieu. Ce que le Comité de Soutien appelait de tous ses vœux depuis quarante-cinq ans.
Mais c’était sans compter sur la résurgence quasi miraculeuse d’une partie civile qui s’est soudainement manifestée après quatre-vingts ans de silence.
La très mystérieuse « partie civile »
D’où vient-elle ? C’est la première question que nous sommes en droit de nous poser. Personne ne semble très pressé d’y répondre.
En ce qui nous concerne, nous ne pouvons témoigner que de ce que nous avons vécu.
La première manifestation officielle d’opposition aux thèses défendues par le Comité de soutien est venue devant la Commission de révision de la Cour de Cassation le 22 juin 2023 sous forme d’une lettre qui a été lue par le Président lors des débats et qui émanait d’un mystérieux « Comité de défense de la mémoire du garde Boistard ».
Le signataire de cette lettre : M. Francis Bergeron, bien connu pour ses prises de position en faveur de la droite la plus extrême et son engagement en faveur d’Henri Béraud, prix Goncourt 1922, antisémite notoire, condamné à mort pour intelligence avec l’ennemi à la Libération et gracié par le Général de Gaulle. C’est à ce titre qu’il préside l’association des Amis d’Henri Béraud.
Dans un second temps, on a vu émerger une « partie civile » se complaisant apparemment dans la discrétion, mais déjà dotée d’un « ténor » du barreau beaucoup plus flamboyant : Maître François Saint-Pierre. Cet avocat est intervenu dans de nombreuses affaires très médiatisées : celle du petit Grégory, des « Fichiers Monsanto », d’Agnelet, celle du Monde/ Houellebecq… Une « pointure » donc qui semble, par ailleurs, ne pas porter Maître Dupont-Moretti dans son coeur.
Est-ce cette dernière raison qui l’a poussé à accepter cette mission ? On pourrait le penser si l’on se réfère à sa première demande d’annulation de la décision de la commission de révision liée, d’après lui, à l’inconstitutionnalité de l’amendement à l’article 622 voté sur proposition de M. Dupont-Moretti, Ministre de la Justice.
La cour de cassation lui ayant donné tort, il a déposé une seconde demande d’annulation, cette fois pour vice de forme, la « partie civile » n’ayant pas été convoquée par la Justice. Cette seconde manœuvre dilatoire a mieux réussi que la première, la commission de révision étant bien obligée de reconnaître qu’elle avait fait une erreur en oubliant cette fameuse « partie civile » qui se terrait dans l’ombre depuis quatre-vingts ans.
Nous sommes donc revenus à la case départ pour notre septième requête en révision.
Mais en attendant le résultat qui nous est promis pour le 19 février, il n’est pas interdit d’essayer d’en savoir plus sur ce qui se cache derrière l’appellation « Partie civile ».
Mettons tout de suite de côté, la piste de Françoise Boistard, fille du garde, qui refuse de répondre aux questions des journalistes et qui, d’après les gens qui la connaissent, n’a jamais cessé d’affirmer qu’elle ne voulait plus entendre parler de cette affaire. Et gardons-nous bien, au passage, d’oublier qu’elle en est d’abord une victime.
« Son » avocat est donc Maître François Saint Pierre. Et « ses » témoins cités sont :
Marinette Champenois petite-nièce de Désiré Brunet
Jean-Marc Berlière, historien de la police.
Hubert Lebaudy petit-fils de Jean Lebaudy
Frédéric Gazelle, petit-fils de Jean Lebaudy
Gilles Antonowicz, auteur de « La fabrique des Innocents »
Jean-Louis Vincent, auteur de « La contre-enquête »
Si certains, dans cette liste, semblent jouer un rôle plus important que d’autres, il appartiendra à chacun d’entre nous de poser ses propres hypothèses, de faire ses propres recherches et d’en tirer ses propres conclusions.
Une chose est sûre : cette « partie civile » a tout de suite été chouchoutée par une partie de la presse nationale et régionale. On peut donc aussi s’interroger sur les raisons de ce soudain traitement de faveur.
Quand les bonnes chroniques font les bons amis…
Autant qu’on puisse en juger, avec « La fabrique des Innocents » dont il est l’un des auteurs, Antonowicz est celui qui va donner le ton en matière de stratégie, Vincent, avec sa pâle « Contre-Enquête » n’étant qu’un figurant.
Avocat, écrivain, Antonowicz possède visiblement un réseau de gens bien disposés à son égard. Sa thèse selon laquelle l’affaire Mis et Thiennot aurait été montée de toutes pièces par le Parti Communiste, même si elle paraît simpliste pour ceux qui se sont penchés un tant soit peu sur les événements, va être intégralement reprise le 15 Juin 2022 par Henri Seckel, chroniqueur judiciaire du journal « Le Monde » dont Maître Saint-Pierre a été l’avocat dans l’affaire Houellebecq.
Inutile de préciser que Monsieur Henri Seckel n’a même pas pris la peine de venir en Brenne pour au moins faire semblant d’enquêter.
Le 7 juillet 2022, c’est au tour de « Ouest-France » de faire siennes les thèses d’Antonowicz, sous la plume de Marc Buffard, chroniqueur bénévole de « Culture Tops » comme Antonowicz.
« Culture Tops » se veut être une association qui se propose de présenter chaque jour en ligne « des chroniques couvrant l’ensemble de l’activité culturelle indépendamment de tous médias, producteurs ou éditeurs et de toute obédience politique ou religieuse ».
Le 8 décembre 2022, les mêmes Antonowicz et Buffard sont invités « à l’initiative du Centre des monuments nationaux » à faire une conférence sur les affaires judiciaires Calas, et Mis et Thiennot au château de Voltaire à Ferney ! Rien de moins ! Pauvre Voltaire et pauvres de nous qui vivons dans un pays où les monuments nationaux accueillent à portes ouvertes des tenants de causes plus que discutables ! Un grand bravo à Monsieur François-Xavier Verger, l’administrateur du site !
Mais il est vrai que le même Buffard saura se montrer reconnaissant en recommandant très vivement la visite de l’exposition « Le voyage en Italie » présentée au château Voltaire de Ferney du 3 février au 31 décembre 2023.
Notons au passage que le 4 avril 2023, soit deux mois avant la fameuse lettre émanant du « Comité pour la défense de la mémoire du garde Boistard » Monsieur Buffard a fait un commentaire très élogieux d’une réédition des écrits d’Henri Béraud « Le nœud au mouchoir » préfacé par… Monsieur Francis Bergeron !
Il y aurait sans doute encore beaucoup à dire sur les échanges de bons procédés « culturels » entre les uns et les autres…
Après ces premières salves, les choses ont un peu bougé : le tandem Saint-Pierre – Antonowicz a sans doute pris conscience que leur thèse initiale était par trop simpliste et que la mayonnaise ne prenait pas, en particulier dans notre région. Il leur fallait donc gagner la presse, et en ce domaine, ils ne manquent pas de moyens, pour faire avancer une autre idée qui n’est pas neuve non plus : l’affaire Mis et Thiennot est une énorme mystification et la responsabilité en incombe essentiellement au « chef de file » auteur de « Ils sont innocents » et au Comité de soutien. Pire : les Berrichons vivraient désormais un phénomène « d’hystérie collective ».
A les en croire, l’affaire Mis et Thiennot n’existait pas avant 1980 !
C’est la version que nous avons vue fleurir dans ce pauvre papier de la N.R. récemment.
Qu’on se le dise : la médiocrité ne nous fera pas plier !
Nous en avons vu et nous en avons lu d’autres, tout au long des quarante-cinq ans qui viennent de s’écouler. Nous en avons croisé, des opportunistes de tous poils et des mauvais qui se croyaient bons, mais aussi, et c’est le souvenir qu’il nous faut garder, des journalistes de talent, des chroniqueurs courageux qui se sont engagés à nos côtés dans le combat que nous menons depuis si longtemps maintenant.
Gabriel Thiennot, Raymond Mis, Bernard Chauvet, Jean Blanchet, Gervais Thibault, Emile Thibault, Stanislas Mis, André Chichery étaient, de l’avis de tous ceux qui ont eu la chance de les côtoyer, des hommes cabossés, tourmentés, blessés au plus profond d’eux-mêmes, mais contre vents et marées, des hommes debout, farouchement dignes.
C’est de cette dignité dont il s’agit !
Et c’est en son nom que nous serons présents à Paris le 19 février !
